Israël, en attendant le quatrième miracle
Quand la puissance attend encore la paix

Il existe des livres qui cherchent à convaincre. D’autres à comprendre. Israël, en attendant le quatrième miracle de Mamadou Sy Tounkara appartient à cette seconde catégorie, plus rare et souvent plus utile.
Publié chez L’Harmattan en 2026, cet essai propose une lecture singulière de l’histoire israélienne : celle d’un pays qui aurait déjà accompli trois miracles historiques, mais attendrait encore le plus essentiel — la paix.
Les trois miracles selon l’auteur
Le livre s’organise autour d’une idée forte : certaines réussites d’Israël relèvent presque de l’improbable historique.
1. La création de l’État
Après près de deux millénaires de dispersion, la naissance de l’État d’Israël en 1948 constitue, pour l’auteur, le premier miracle : celui du retour politique d’un peuple longtemps sans souveraineté.
2. La résurrection de l’hébreu
Rarement une langue ancienne aura retrouvé une telle vitalité contemporaine. L’hébreu devient ici symbole d’unification nationale et de renaissance culturelle.
3. La réussite économique et technologique
Dans un territoire exigu, souvent sous tension, Israël est devenu une puissance scientifique, agricole, militaire et numérique. L’auteur y voit la preuve qu’une nation peut transformer l’adversité en innovation.
Le quatrième miracle : la paix
C’est le cœur du livre.
Pourquoi un pays capable d’accomplir tant de transformations n’a-t-il pas encore réalisé celle-ci : vivre durablement en paix avec ses voisins et avec les Palestiniens ?
L’auteur n’apporte pas de solution miracle — ce serait trop simple, et les libraires seraient au chômage. Il propose plutôt une réflexion sur les blocages historiques, mémoriels, identitaires et géopolitiques qui rendent cette paix si difficile.
Une lecture africaine originale
L’intérêt majeur de l’ouvrage tient aussi au regard porté par un auteur sénégalais sur une question souvent traitée uniquement depuis l’Occident ou le Proche-Orient.
Cette distance géographique devient ici une proximité humaine : il est question de reconstruction, de mémoire, de résilience, de jeunesse, de développement. Autant de thèmes qui parlent aussi à l’Afrique et au monde entier.
Ce que ce livre apporte au lecteur spirituel
Même s’il s’agit d’un essai géopolitique, le texte touche à des questions profondément spirituelles :
- comment transformer la souffrance en espérance ?
- comment vivre avec une mémoire blessée ?
- comment concilier puissance et sagesse ?
- pourquoi la paix intérieure d’un peuple précède souvent la paix extérieure ?
Sous cet angle, ce livre dépasse largement le cas israélien.
À qui conseiller ce livre ?
- À ceux qui veulent comprendre Israël autrement que par les slogans.
- À ceux qui s’intéressent aux peuples résilients.
- Aux lecteurs de spiritualité incarnée dans l’histoire réelle.
- À ceux qui pensent que la paix reste un chantier intérieur avant d’être diplomatique.
Ce livre rappelle une vérité ancienne : les plus grandes victoires extérieures ne remplacent jamais la réconciliation intérieure.
Israël aurait réalisé trois miracles. Le quatrième — celui de la paix — concerne peut-être toute l’humanité.
Et comme souvent, le miracle commence rarement dans le ciel. Il commence dans les consciences.
Sa place dans le paysage éditorial
On peut situer ce livre entre trois grandes familles d’ouvrages :
1. Les livres historiques et géopolitiques sur Israël
Exemples :
- Israel: A History de Martin Gilbert
- Israel: A History d’Anita Shapira
- Enemies and Neighbors de Ian Black
Ces ouvrages racontent les faits, les guerres, la diplomatie, les fractures.
👉 Le livre de Tounkara s’en distingue car il utilise l’histoire comme matière à réflexion morale.
Il pose la question : comment un peuple peut-il réussir sans encore se réconcilier ?
2. Les livres militants sur la paix israélo-palestinienne
Exemples :
- Palestine: Peace Not Apartheid de Jimmy Carter
- We Can Have Peace in the Holy Land de Jimmy Carter
- Peace Is Possible de S. Daniel Abraham
Ces livres proposent souvent des solutions diplomatiques ou des critiques politiques.
👉 Le livre de Tounkara est différent : il déplace la paix du seul terrain politique vers le terrain intérieur :
- paix des mémoires
- paix des consciences
- paix des récits opposés
- paix entre peur et avenir
C’est plus rare.
3. Les livres spirituels ou interreligieux
Exemples :
- Trialogue of the Abrahamic Faiths
- ouvrages de Martin Buber (I and Thou)
- littérature du dialogue judéo-chrétien-musulman
Ces textes cherchent la rencontre entre traditions religieuses.
👉 Le livre de Tounkara ne fait pas de théologie explicite, mais il partage leur intuition profonde :
la paix durable ne naît pas seulement d’accords signés, mais d’une transformation du regard sur l’autre.
C’est là que son angle devient spirituel.
✨ Ce qui rend ce livre unique
Un essai de spiritualité politique
Le mot “miracle” n’est pas utilisé ici au sens magique, mais au sens biblique :
- l’improbable devient possible
- le désert devient jardin
- l’exil devient nation
- l’ennemi peut redevenir prochain
Le “quatrième miracle” — la paix — prend alors une dimension presque prophétique.
Une lecture africaine précieuse
Très peu d’ouvrages sur Israël sont écrits depuis une conscience africaine contemporaine.
Cette distance géographique apporte :
- moins de passion partisane
- plus de hauteur historique
- une sensibilité aux questions de reconstruction, mémoire et dignité
C’est une vraie valeur ajoutée.
📚 Cartographie comparative
🟦 Livres proches
Même ambition de compréhension globale :
- Enemies and Neighbors – Ian Black
- Catch-67 – Micah Goodman
- Israel: A History – Anita Shapira
🟨 Livres complémentaires spirituels
Pour approfondir la dimension intérieure :
- Martin Buber – I and Thou
- Trialogue of the Abrahamic Faiths
- écrits sur Abraham comme figure commune
🟥 Livres divergents
Plus militants ou accusatoires :
- Palestine: Peace Not Apartheid
- certains essais idéologiques pro ou anti-sionistes
Tounkara cherche davantage la compréhension que le procès.
🕊️ Sous l’angle spirituel : sa vraie originalité
Ce livre affirme implicitement une idée forte :
Les peuples aussi ont une âme blessée.
Et tant que cette âme n’est pas travaillée :
- les accords restent fragiles
- la sécurité reste anxieuse
- la victoire reste incomplète
C’est une pensée rare dans les livres sur Israël.
🪶 Verdict Spiritualités Magazine
Ce livre n’est pas le plus universitaire.
Ce n’est pas le plus polémique.
Ce n’est pas le plus théologique.
Mais il pourrait être l’un des plus méditatifs.
Il parle d’Israël, certes.
Mais au fond, il parle de tous les peuples qui ont survécu… sans encore guérir.
Et cela concerne le monde entier.



















