La résistance montre le chemin : écouter ce qui bloque en nous

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Vie intérieure

La résistance montre le chemin

Nous croyons souvent qu’un blocage nous interdit d’avancer. Mais il arrive qu’il désigne, avec une précision presque déconcertante, l’endroit même où quelque chose en nous demande à être rencontré.

La porte ne voulait pas s’ouvrir.

Claire avait posé la main sur la poignée, poussé une première fois, puis une deuxième. Elle avait reculé de quelques pas, repris son élan et appuyé de tout son poids.

Rien.

Derrière elle, une femme attendait patiemment. Au bout d’un moment, elle murmura :

— Essayez peut-être de tirer.

La porte s’ouvrit aussitôt.

Claire rit, un peu gênée. Une porte possède parfois un sens de l’humour assez particulier : elle nous laisse nous épuiser avant de nous apprendre que la force n’était pas la bonne réponse.

Quelques heures plus tard, assise face à son thérapeute, Claire repensa à cette scène. Depuis des mois, elle tentait de sortir d’une relation qui la faisait souffrir. Elle avait lu des livres, regardé des conférences, interrogé ses amis et dressé plusieurs listes de bonnes résolutions.

Elle savait parfaitement ce qu’elle « devait » faire.

Et pourtant, au moment d’agir, quelque chose en elle reculait.

— Je ne comprends pas, dit-elle. Je veux vraiment que cela change.

Le thérapeute ne lui demanda pas pourquoi elle refusait d’avancer. Il posa une question différente :

— Quelle partie de vous croit-elle vous protéger en vous empêchant de partir ?

Ce jour-là, Claire ne trouva pas immédiatement la réponse. Mais, pour la première fois, elle cessa de traiter son hésitation comme une ennemie.

Nous ne venons jamais seulement avec un problème

Lorsqu’une difficulté nous conduit chez un thérapeute, un accompagnant ou un professionnel de la relation d’aide, elle est rarement nouvelle.

Nous l’avons déjà observée sous tous les angles. Nous avons tenté de la raisonner, de la minimiser, de la contourner ou de l’écraser sous une montagne de conseils bien intentionnés.

En général, les proches ont également participé à l’opération : l’un recommande de lâcher prise, l’autre de « penser positif », un troisième assure qu’à notre place, il aurait réglé l’affaire en cinq minutes. Les problèmes des autres ont parfois la courtoisie de paraître beaucoup plus simples que les nôtres.

Si nous finissons par demander de l’aide, c’est précisément parce que la solution habituelle ne fonctionne plus.

Nous apportons donc notre souffrance, mais aussi notre manière de la comprendre. Nous arrivons avec nos explications, nos anticipations, nos peurs et les mouvements intérieurs que nous répétons pour essayer de nous en sortir.

Certains de ces mouvements nous ont autrefois sauvés. Mais ils peuvent, avec le temps, devenir trop étroits. C’est alors que commence ce que nous appelons la résistance au changement.

Changer de regard

La résistance n’est pas toujours un refus

Elle peut être une tentative de préserver un équilibre connu, même imparfait. Elle ne dit pas nécessairement : « Je ne veux pas guérir. »

Elle peut murmurer : « Je ne sais pas encore qui je serai si je change. »

Ce qui nous protège peut aussi nous retenir

Enfant, Claire avait appris à deviner l’humeur des autres avant même d’écouter la sienne. Cette vigilance lui avait permis d’éviter les conflits et de préserver les liens dont elle dépendait.

Devenue adulte, elle continuait à surveiller les émotions de son entourage. Elle appelait cela de l’attention, de la gentillesse, parfois même de l’amour.

Mais dès qu’elle envisageait de poser une limite, une alarme intérieure se déclenchait :

« Tu vas faire du mal. Tu vas être abandonnée. Tu vas devenir égoïste. »

Sa difficulté n’était donc pas seulement de quitter une situation. Elle devait aussi rencontrer l’ancienne partie d’elle-même qui associait encore la protection du lien à sa propre sécurité.

Voilà pourquoi les transformations profondes ne ressemblent pas toujours à une marche triomphale vers la lumière. Elles demandent parfois de reconnaître avec tendresse les stratégies qui nous ont permis de tenir debout.

Cette étape rejoint le chemin évoqué dans notre article sur la métamorphose intérieure : une véritable évolution ne consiste pas à rejeter ce que nous avons été, mais à permettre à une forme devenue trop petite de s’ouvrir.

Ce que nous appelons un blocage est parfois une fidélité ancienne qui ne sait pas encore qu’elle peut se reposer.

Le blocage entre dans la relation

Nous pourrions imaginer que nos habitudes restent sagement dans la salle d’attente pendant une consultation.

Hélas, elles ont rarement cette délicatesse.

La personne qui n’ose jamais déplaire peut acquiescer à toutes les propositions du thérapeute, puis ne rien mettre en pratique. Celle qui redoute d’être contrôlée peut discuter chaque suggestion. Celle qui s’attend à être abandonnée peut tester la solidité de la relation ou se retirer avant même de risquer une déception.

Ce qui se passe à l’extérieur finit donc parfois par se rejouer au cœur même de l’accompagnement.

Ce phénomène ne prouve pas que la thérapie échoue. Il peut au contraire rendre visible, dans l’instant, un mécanisme qui demeurait jusque-là difficile à saisir.

Les recherches consacrées à l’alliance thérapeutique soulignent l’importance de l’engagement partagé entre le praticien et la personne accompagnée. Une vaste méta-analyse publiée dans la revue Psychotherapy a également observé une association régulière entre la qualité de cette alliance et les résultats de la psychothérapie.

Cela ne signifie pas qu’une bonne relation suffit à tout résoudre. Mais cela rappelle qu’un accompagnement n’est pas seulement l’application d’une méthode : c’est aussi une rencontre.

Point d’attention

Quand deux résistances se rencontrent

Le praticien peut lui aussi se sentir impuissant, contrarié ou pressé d’obtenir un résultat. Il risque alors de pousser plus fort exactement au moment où la personne aurait besoin que l’on ralentisse.

L’American Psychological Association évoque ce risque dans son dossier sur les situations thérapeutiques difficiles : le client et le thérapeute peuvent finir par résister l’un à l’autre.

Le thérapeute idéal attend parfois un patient imaginaire

Il existe, quelque part dans l’imagination des professionnels, un patient merveilleux.

Il arrive à l’heure. Il comprend immédiatement. Il accomplit tous les exercices. Il accueille chaque prise de conscience avec gratitude et progresse à un rythme suffisamment régulier pour tenir dans un beau graphique.

Ce patient fascinant présente un léger défaut : il n’existe probablement pas.

La personne réelle vient avec son désir de changer et sa peur de changer. Elle peut vouloir une vie différente tout en restant attachée aux repères qui la font souffrir. Elle avance, recule, comprend, oublie, recommence.

Ces contradictions ne sont pas situées à la périphérie de l’accompagnement. Elles en sont souvent la matière principale.

L’approche humaniste invite précisément à rencontrer une personne dans sa globalité, plutôt qu’à la réduire à un comportement gênant ou à un symptôme. Cette vision rejoint les réflexions présentées dans notre rubrique consacrée à la psychologie humaniste .

Quand la résistance devient une boussole

À mesure que les séances avançaient, Claire commença à observer les secondes qui précédaient ses renoncements.

Elle remarqua une contraction dans sa poitrine. Puis une pensée surgissait : « Ce n’est pas si grave. » Ensuite venait l’envie d’expliquer le comportement de l’autre, de lui trouver des excuses, de patienter encore un peu.

Elle comprit que sa résistance n’apparaissait pas au hasard. Elle se manifestait exactement au seuil d’un geste nouveau : dire non, demander du respect, reconnaître sa colère, choisir pour elle-même.

Le blocage indiquait donc la direction.

Non pas comme un panneau ordonnant de foncer tête baissée, mais comme une boussole signalant : « C’est ici que se trouve le passage sensible. »

Expérience intérieure

Écouter une résistance en quatre mouvements

  1. Nommer ce qui se passe.
    « Une partie de moi souhaite avancer, une autre se contracte. »
  2. Observer sans juger.
    Où la résistance se manifeste-t-elle dans le corps, les pensées ou les émotions ?
  3. Interroger sa fonction.
    Que cherche-t-elle à éviter, à préserver ou à protéger ?
  4. Choisir un geste modeste.
    Quel mouvement nouveau serait possible sans me brutaliser ?

Cette manière d’écouter ne consiste pas à obéir à toutes nos peurs. Elle évite simplement de leur déclarer la guerre avant d’avoir compris leur langage.

Forcer le lâcher-prise : une contradiction très humaine

Lorsque nous découvrons qu’il faudrait lâcher prise, nous pouvons transformer cette invitation en une nouvelle obligation.

Nous voilà alors crispés de toutes nos forces sur la nécessité de ne plus nous crisper.

Le véritable lâcher-prise n’est pourtant pas une performance. Il naît souvent lorsque nous cessons d’exiger de nous-mêmes une transformation immédiate.

Dans « S’autoriser au bonheur » , nous évoquons cette possibilité d’accueillir la réalité, de relâcher certains attachements et de réorienter notre attention vers ce qui dépend réellement de nous.

La résistance peut alors être considérée comme un rythme à respecter, non comme une faute à corriger.

Une lecture spirituelle du passage

Les chemins spirituels sont souvent racontés comme une succession de compréhensions lumineuses. Pourtant, toute transformation comporte également des déserts, des silences et des seuils que nous hésitons à franchir.

La résistance surgit parfois lorsque l’identité ancienne ne peut plus continuer comme avant, mais que la forme nouvelle n’est pas encore suffisamment solide.

Nous sommes alors entre deux rives.

Il serait tentant de considérer cet entre-deux comme une perte de temps. Il peut pourtant devenir un espace d’approfondissement. La lenteur nous apprend à distinguer ce qui relève d’un appel profond de ce qui n’était qu’une injonction de plus.

Cette écoute attentive rejoint les explorations proposées dans notre rubrique Vie intérieure , consacrée aux mouvements subtils de la conscience, à l’intuition et aux transformations qui ne font pas toujours de bruit.

Important : une réflexion spirituelle ou un article ne remplace pas un accompagnement médical ou psychologique. Une souffrance persistante, une situation de violence ou une détresse importante mérite l’aide d’un professionnel qualifié.

La porte ne s’est pas ouverte d’un seul coup

Claire ne quitta pas sa relation le lendemain de cette première question.

Elle commença plus modestement.

Elle cessa de répondre immédiatement à chaque message. Elle nota les moments où elle se sentait coupable. Elle parla à une amie sans minimiser ce qu’elle vivait. Puis elle formula une première limite.

À chaque étape, la peur revenait.

Mais elle ne la confondait plus avec une interdiction.

Elle avait compris que cette peur appartenait à une ancienne façon de survivre. Elle pouvait la remercier pour les services rendus, puis avancer malgré elle, doucement, sans humiliation et sans violence envers elle-même.

Ce qui bloque peut montrer le passage

La prochaine fois qu’une porte intérieure semblera refuser de s’ouvrir, il ne sera peut-être pas nécessaire de pousser davantage.

Nous pourrons nous arrêter, sentir la poignée sous notre main et poser une question différente :

« Qu’est-ce que cette résistance essaie de protéger, et de quoi aurait-elle besoin pour me laisser avancer ? »

Le blocage ne disparaîtra pas toujours immédiatement. Mais notre relation avec lui aura déjà changé.

Et parfois, le chemin commence exactement à cet endroit : non pas là où tout devient facile, mais là où nous cessons enfin de nous battre contre la partie de nous qui avait peur.

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Au coeur des peuples habite la démocratie directe spirituelle-laïque

Plongée dans la démocratie directe spirituelle-laïque : un voyage au cœur des peuples

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Une vision ancienne et révolutionnaire

En ouvrant ce livre, j’ai été immédiatement frappé par une idée forte : la démocratie directe n’est pas une invention moderne, mais une vérité enfouie dans notre nature humaine depuis des millénaires. L’auteur nous invite à redécouvrir ce concept universel à travers une analyse qui mêle philosophie, histoire et spiritualité. Ce voyage au cœur de notre humanité révèle un héritage oublié : celui de la spiritualité-laïque, une force transcendante mais dépouillée de dogmes religieux.

L’œuvre commence par un constat audacieux. Depuis cent mille ans, les premiers humains, en enterrant leurs morts avec amour et respect, ont fait émerger une conscience collective, un espace spirituel où l’amour dépasse les frontières de la vie et de la mort. Cette vision, profondément humaniste, affirme que dès nos origines, nous étions prédestinés à vivre ensemble, guidés par un processus démocratique naturel.

Une critique des systèmes modernes

Le livre explore ensuite une question brûlante : pourquoi les démocraties modernes semblent-elles si déconnectées de cette essence originelle ? L’auteur montre comment, il y a cinq mille ans, l’émergence des propriétaires-dominants et des hiérarchies malveillantes a bouleversé cet équilibre. Ce moment, qualifié de “chute néolithique”, a marqué le début d’une involution spirituelle et morale, où l’amour de la propriété et du pouvoir a supplanté l’amour des autres.

Ce passage m’a profondément interpellé. Comment nos sociétés actuelles, avec leurs démocraties représentatives, en sont-elles arrivées à aliéner la souveraineté des peuples au profit de quelques élites ? L’auteur ne ménage pas ses critiques envers ces systèmes, qu’il considère comme immoraux, illégitimes et contre-nature. Pourtant, ce n’est pas un réquisitoire sans espoir, mais un appel à la transformation.

Le pouvoir en commun comme solution

Au fil des pages, une idée lumineuse émerge : le pouvoir en commun est non seulement possible, mais nécessaire. L’auteur défend une vision où les décisions, qu’elles soient politiques ou personnelles, doivent être prises en concertation, dans une quête du bien commun. Ce pouvoir, ancré dans notre nature spirituelle, est le seul capable de s’autolimiter et de favoriser une coexistence harmonieuse.

Ce passage a résonné en moi. Loin de l’image d’un idéal utopique, cette démocratie directe apparaît comme une voie praticable, déjà expérimentée à travers l’histoire dans des sociétés proto-démocratiques. En embrassant cette transcendance laïque, nous pourrions réconcilier le spirituel et le politique pour bâtir des nations où la fraternité, l’égalité et la liberté ne seraient plus de simples mots.

Un chemin vers la spiritualité démocratique

L’un des aspects les plus fascinants de ce livre est son invitation à dépasser les divisions traditionnelles entre croyants et non-croyants. L’auteur insiste sur la distinction entre le spirituel, qui est universel et enraciné dans notre nature, et le religieux, qui est une construction humaine et culturelle. Cette distinction ouvre un espace où chacun, quelles que soient ses convictions, peut contribuer à une société équitable et bienveillante.

La laïcité y prend un sens nouveau, dépassant le simple cadre juridique pour s’élever à une reconnaissance de notre dimension spirituelle collective. Ce modèle offre une réponse puissante aux crises écologiques, sociales et économiques de notre époque. En redonnant aux citoyens leur souveraineté, nous pourrions inverser des siècles d’involution et retrouver notre capacité à aimer et à protéger notre planète.

Une utopie réalisable

À mesure que je progressais dans ma lecture, une certitude grandissait en moi : ce projet, bien que radical, est réalisable. Loin d’être une utopie inaccessible, il s’appuie sur des principes simples et intemporels. L’idée que nous naissons tous démocrates est à la fois une déclaration audacieuse et une vérité profondément réconfortante.

L’auteur propose des solutions concrètes pour instaurer cette démocratie directe, notamment par la limitation de la propriété privée, l’abolition de la spéculation et une redistribution équitable des richesses. Ces mesures, bien que ambitieuses, reposent sur une vision pragmatique et une compréhension fine des enjeux contemporains.

Une lecture inspirante et nécessaire

En refermant ce livre, je ne pouvais m’empêcher de me sentir inspiré. Ce n’est pas seulement un appel à l’action, mais une réflexion profonde sur ce que signifie être humain. En explorant notre nature spirituelle, l’auteur nous rappelle que nous avons le pouvoir de changer le monde, non pas en cherchant des solutions externes, mais en revenant à notre essence démocratique.

Cette lecture m’a convaincu que la démocratie directe spirituelle-laïque n’est pas une utopie, mais une nécessité. Dans un monde en crise, cette vision offre un chemin vers une société plus juste, où chacun peut contribuer à un avenir collectif éclairé.

Cet article reflète une rencontre passionnante avec une œuvre visionnaire. Si cette perspective vous intrigue, je vous encourage à découvrir ce livre et à partager vos réflexions. Ensemble, nous pourrions bien être à l’aube d’une nouvelle révolution démocratique.

La voix des fantômes

Proliférations

La diversité des rituels funéraires à travers le monde nous touche et nous fascine, en même temps qu’elle révèle des coutumes surprenantes. Les anthropologues et les historiens nous montrent l’extraordinaire variété des pratiques : crémations, décorations d’ossements, danses rituelles, expositions de cadavres, sépultures collectives ou dispersées. Ces traditions reflètent, avec un constant renouvellement d’étonnement, l’ingéniosité et la créativité avec lesquelles chaque société traite la mort. Ce domaine de pratiques est d’ailleurs au cœur des études anthropologiques : la façon dont les humains, malgré leur diversité, organisent et ritualisent la mort dévoile des aspects profonds de leur culture.

Pourtant, aborder les fantômes d’un point de vue anthropologique s’avère bien plus complexe. Contrairement aux pratiques funéraires bien définies, les fantômes échappent aux explications simples et aux règles établies. Leurs manifestations et les croyances qui les entourent ne suivent pas de logiques précises, ni même de frontières culturelles claires. D’une culture à l’autre, il est difficile de catégoriser les types de fantômes ou de cerner exactement les croyances autour d’eux. Dans certaines sociétés, ces êtres apparaissent lorsque des injustices non réparées les retiennent, tandis que dans d’autres, ils semblent incarner des peurs plus diffuses. Les fantômes, par leur nature incertaine, défient les efforts de classification, car ils touchent à des dimensions du vécu qui restent mouvantes et singulières.

Les fantômes échappent également aux clivages culturels et sociaux,

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Vous trouverez aussi une réflexion de spiritualités Magazine :

  • Les fantômes comme acteurs dans un contexte social et culturel
  • La transformation du défunt en interlocuteur
  • L’énaction comme processus de (ré)invention de la mort et du souvenir
  • Les fantômes comme miroirs de l’énaction collective
  • Les fantômes comme manifestant des qualités qui dépassent les intentions des vivants.

(suite…)

Psychologie transpersonnelle et EMC

L’interview de Johann Henry par Jean-Marc Blancherie

Un livre écrit à trois, un côté rigoureux, sérieux, dans ce champ de la psychologie transpersonnelle, où l’on entendait des choses qui partaient un peu dans tous les sens.
Ses origines, ses concepts, et sa pratique… ce livre fait vraiment le tour du sujet. Et pourtant le départ de cette approche, à la fois de la spiritualité et de la psychologie humaine est étonnant, loin des sentiers battus.
Impossible d’en faire tout le tour, mais voici quelques extraits qui donnent une idée de l’importance et de l’intérêt de ce travail.
Et pour commencer, presque le plus simple, une des sources inspirant la psychologie transpersonnelle : Carl Jung.

Extraits

JUNG

Jung développe une psychologie ouverte à la parapsychologie, aux anomalies et aux psychologies non occidentales.

  • Il postule des processus inconscients communs à tous les êtres humains.
  • Il s’intéresse aux archétypes et à leurs formes culturelles, reliant psychologie et mythologie.
  • Il repense le principe de causalité, reliant faits objectifs, faits psychiques, probabilité et attribution de sens.

Les auteurs

 

Cyrille CHAMPAGNE dirige un centre de recherche sur les expériences et les pratiques hypnotiques. Il exerce comme psychopraticien hypnologue, et forme des professionnels en dynamiques émotionnelles et relationnelles. Il défend l’approche constructiviste comme étant une clé de la compréhension de l’expérience humaine et de l’accompagnement thérapeutique.

 

Johann HENRY exerce la psychothérapie transpersonnelle et intégrale à Genève. Il anime régulièrement des sessions de respiration holotropique, en individuel et en groupe. En parallèle, il forme des thérapeutes et des soignants à l’écoute et à la relation thérapeutique, et supervise des équipes de travailleurs sociaux. Il est l’un des rares spécialistes francophones de la psychologie intégrale (K. Wilber).

 

Muriel ROJAS ZAMUDIO s’est orientée vers la psychanalyse et l’approche transpersonnelle. Auteure d’ouvrages de vulgarisation sur le recours aux images archétypales en psychothérapie et d’articles destinés à ses pairs, elle travaille actuellement sur l’intérêt d’un dialogue entre arts, spiritualité et psychanalyse dans l’accompagnement des névroses.

 

Aux origines aussi, des approches, des cultures, des pratiques, qui ne sont pas d’habitude en lien avec la psychologie.

LES DOCTRINES DU THÉOSOPHISME ET DU NEW AGE

À la fin du XIXe siècle, différents courants de croyances quant au fonctionnement de l’esprit humain et de l’expérience humaine sont en concurrence dans l’idéologie populaire européenne, récemment libérée des dogmes religieux institutionnels et portée par la philosophie méthodique et relativiste des lumières. La psychologie expérimentale, qui s’inspire des méthodologies de la biologie, émerge progressivement via les travaux de Gustave Fechner (1801-1887), Wilhelm Wundt (1832-1920) et Théodule Ribot (1839-1916). Cette discipline ne pénètrera l’idéologie populaire qu’au milieu du XXe siècle par la diffusion des propositions conceptuelles de psychanalystes, telles que la notion d’inconscient de Sigmund Freud (1856-1939), ou de comportementalistes, telles que la notion de conditionnement d’Ivan Pavlov (1849-1936),

LES INFLUENCES CULTURELLES

(…) Ainsi émerge en Occident un « dualisme conscience-énergie », réunissant les courants autrefois nommés « spiritualistes » et « psychofluidistes », puis « spirites » et « magnétiseurs », où le corps humain possèderait un statut psychophysique qui se nommera bientôt « énergétique » ; et où l’esprit humain serait une partie d’une conscience au-delà de l’individuel, littéralement transpersonnelle, dotée de pouvoirs sur la matière, et permettant une relation dialogique avec des agents surnaturels. À partir des années 1920, cette doctrine est véhiculée par le new-age, qui se développe au travers de très nombreux ouvrages, et s’ancre dans l’imaginaire populaire occidental . Dans les années 1950, la culture américaine s’en empare, alors qu’il connaît un essor considérable dopé par le mouvement hippie des années 1960. Marque de son intégration au niveau socioculturel, la métaphysique conscience-énergie commence à être mobilisée comme une véritable épistémologie (au sens d’un cadre explicatif des phénomènes vécus). C’est-à-dire qu’elle va désormais servir, populairement, de base conceptuelle pour interpréter et appréhender de nombreuses expériences : personnelles, émotionnelles, familiales, motivationnelles, religieuses…

LES PHASES DE KEN WILBER

Il est l’un des fondateurs de la psychologie transpersonnelle, et a évolué vers la “Psychologie intégrale”. Il est connu pour son modèle de développement de la conscience selon 8 stades. Ces stades se répartissent selon 3 phases :

  • Prépersonnelle : c’est le stade de l’enfant, marqué par l’égocentrisme tant dans ses relations interpersonnelles que dans ses processus cognitifs. Le Surmoi, représentant notamment l’intégration des normes sociales transmises par l’éducation, n’est pas encore suffisamment opérationnel. La conscience prépersonnelle agit librement au gré de ses pulsions, elle est donc potentiellement « déviante » du point de vue de la société. Ce stade est prédominé par les processus corporels ;
  • Personnelle : c’est le stade de l’adulte qui a bien intégré les normes sociales du vivre ensemble (stade névrotique pour la psychanalyse). L’individu trouve son identité en lien avec le groupe social auquel il participe et y constitue un facteur de stabilité. Grâce au développement du mental, la conscience devient progressivement capable de se mettre à la place de l’autre, et de comprendre des points de vue différents du sien
  • Transpersonnelle : c’est le stade où la conscience transcende à la fois le corps et le mental, prédominant dans les deux stades précédents, pour entrer dans un rapport au monde « vivant et immédiat », c’est-à-dire en dehors des catégorisations héritées du mental et de l’éducation. La conscience s’éveille ainsi progressivement au « monde de l’Esprit », invisible tant pour les yeux physiques que pour le mental. Du fait qu’il transcende les règles sociales, l’individu en conscience transpersonnelle est potentiellement perçu comme un élément subversif au sein de la société.

Ces trois phases correspondent donc à des modes de fonctionnement foncièrement différents • prépersonnelle personnelle —+ transpersonnelle prérationnelle -+ rationnelle -+ transrationnelle subconscient —+ conscience de soi -+ supraconscient…

L’EXPLORATION ET L’UTILISATION DE L’IMAGINAIRE

L’utilisation de l’imaginaire est très présente dans les techniques reliées à la psychothérapie transpersonnelle. Le phénoménologies et les comportements induits par l’activité imaginative autorisent à catégoriser les expériences mobilisant l’imaginaire comme des états modifiés de Conscience. En effet, ces expériences répondent bien au critère de « déviation de l’expérience subjective par rapport aux normes de l’individu Dans les cultures occidentales, les individus portent très rarement leur attention sur des contenus imaginaires activement stimulés, et l’utilisation active de l’imaginaire constitue pour eux une expérience subjective très inhabituelle et hors-norme. Par utilisation de l’imaginaire, nous entendons ici une expérience d’immersion complète de l’attention dans les représentations imaginales : non pas de simples évocations, mais de véritables perceptions de contenus imaginés,  sous forme d’images (symboles, paysages, personnages), de sons (ambiances, dialogues), et de sensations physiques (intéroception, toucher, système vestibulaire). Il ne s’agit donc pas de « penser à » une situation imaginaire, mais bien imaginer activement les contenus et d’en expérimenter le vécu. L’imaginaire est alors vécu dans le corps, et apparait subjectivement comme véhiculé par les capteurs sensoriels, de manière très analogue à l’expérience du rêve. Cette caractéristique conduit Robert Desoille (1890-1966) à désigner ces expériences par le vocable “rêve éveillé”. Toutefois, à la différence du rêve, le sujet reste parfaitement conscient que l’expérience est imaginée, et il la différencie du monde sensible. (…) Ces expériences imaginales sont accessibles de manière étonnamment rapide, elles ne nécessitent que très peu d’entraînement pour être vécues de manière stable et profonde, et semblent se déployer de manière automatique dès qu’elles sont stimulées. Au XXe siècle, plusieurs chercheurs se sont intéressés à des techniques permettant d’explorer ainsi l’imaginaire.
(…) De notre observation, aujourd’hui seules quelques méthodes d’accompagnement utilisent, à des degrés divers, des techniques imaginales approfondies : psychothérapie transpersonnelle, psychosynthèse, hypnose, sophrologie, yoga nidra et néo-chamanisme. Toutefois, si les praticiens de ces méthodes mobilisent ces techniques et en observent des effets, les ressorts de celles-ci leur restent majoritairement inconnus. Les correspondances que nous avons indiquées entre phénoménologie imaginale, états de conscience spécifiques et affects spécifiques, incitent à approfondir la recherche dans ce domaine.

VERS LE DEVELOPPEMENT TRANSPERSONNEL

quand le développement personnel vise à révéler la singularité de l’individu au-delà des conditionnements du collectif, lui permettant ainsi de trouver et d’exprimer librement son plein potentiel (passage de la dépendance à l’indépendance), le développement transpersonnel serait l’ensemble des outils et des pratiques favorisant l’émergence et le déploiement de cette conscience transpersonnelle, holonique, simultanément individuelle et collective, singulière et universelle, formelle et (progressivement) subtile. En renforçant la conscience non pas du Moi (conscience prépersonnelle égocentrique), ni même du Je (conscience personnelle ethnocentrée voire mondo-centrée), mais celle du Nous (conscience transpersonnelle kosmocentrée qui transcende et inclut à la fois le Moi et le Je), le développement transpersonnel aiderait à libérer le potentiel des collectifs, qu’ils soient petits (une famille, une équipe) ou plus vastes (la société, l’humanité), voire interespèces (incluant les vivants humains et non humains). Tandis que le développement personnel a permis aux individus de se différencier en tant que cellule, unique, autonome et efficace, les pratiques de développement transpersonnel permettraient de (ré)intégrer la conscience-cellule individuelle au sein de la conscience-organe (groupe) à laquelle elle participe, elle-même intégrée dans la conscience-organisme (métagroupe) au sein de laquelle elle œuvre, et ainsi de suite.

DES PRATIQUES PSYCHOTHERAPEUTIQUES INTEGRATIVES

L’exemple de Johann Henry (l’interviewé) : alliant essentiellement inspirations psychanalytique, gestaltiste, transpersonnelle et intégrale. Son intérêt, tant dans ses recherches que dans sa pratique clinique, se porte tout particulièrement sur l’accompagnement de la délicate transition entre les stades de conscience dits « personnels » et les stades dits « transpersonnels ». À cette fin, il aime explorer, notamment dans les sessions de groupe qu’il anime, le potentiel d’alliance entre la respiration holotropique, la méditation, les pratiques corporelles et le psychodrame transpersonnel.

Celui de Muriel Rojas Zamudio : diplômée en Arts et Lettres (arts scéniques et plastiques), avant de s’orienter vers la psychanalyse puis la psychologie transpersonnelle. Elle se positionne en tant que praticienne dont le travail se nourrit d’apports multiréférentiels — auteurs et techniques que la clinique invite à (re)visiter —, c’est dans les médiations artistiques et l’art-thérapie éclairés par la psychanalyse qu’elle a finalement trouvé l’espace exploratoire lui permettant d’articuler ce qui fonde sa pratique : l’expression artistique comme forme de langage de l’imaginaire, la posture du thérapeute comme pivot de l’accompagnement, et le questionnement du vécu, passé ou présent, comme ouverture vers un au-delà du Moi (identité ontologique, inscription dans l’espèce humaine, sens de l’expérience humaine, etc.).

Cyrille Champagne : ses recherches questionnent les effets cognitifs et comportementaux des techniques et des grilles de lecture mobilisées par les différentes pratiques de l’accompagnement (thérapies, développement personnel, coaching…). En particulier, elles étudient les interactions entre attentes, expériences vécues, et interprétations de ces expériences. Cyrille Champagne enseigne sur ces thèmes, sous forme de conférences « Hypnologie », rediffusées en vidéo sur la chaîne YouTube de I’ARCHE. Il soutient une information publique quant aux aprioris culturels et quant aux finalités des différentes pratiques de l’accompagnement, et il défend l’intérêt d’une éducation à la psychologie, à la relation à autrui, et à une hygiène cognitive et émotionnelle.

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